samedi 2 mai 2015

El Perito Moreno

El Calafate, une ville qui tire son nom d'une plante qui donne des fleurs et des fruits qui peuvent ensuite être transformés en confiture (un petit goût de cerise) ou en liqueur. El Calafate une ville à vocation purement et simplement touristique. L'avenue principale est encombrée de restaurants, d'agences d'excursions diverses et variées, de boutiques de souvenirs dont on peut douter de l'authenticité de la fabrication artisanale. Dès que l'on s'éloigne du centre ville, c'est le chaos urbanistique. La ville s'étend sur une colline et dès que l'on commence à monter, fini le bitume, finis les trottoirs. Bonjour la terre, bonjour les graviers. Des groupes de maison succèdent à de vastes terrains vagues et ainsi des suite. Par contre il est vrai qu'une fois que l'on monte, la vue est bien jolie sur le Lago Argentino. La ville en soit ne présente pas un grand intérêt à part un petit musée fort intéressant sur l'évolution du vivant en Patagonie depuis 100 millions d'années avant notre ère jusque nos jours. Une bonne leçon d'histoire. J'aurais également bien aimé me promener au bord du lac mais le vent, tellement fort, n'était pas du même avis. Impossible de marcher droit... j'ai donc rebroussé chemin.

La grande vedette du secteur d'El Cafate est le glacier Perito Moreno. Seul glacier au monde qui continue d'avancer de quelques mètres puis s'écroule régulièrement en suivant un cycle de 2 à 4 ans formant ainsi des icebergs qui vont naviguer sur le lac. Le Perito Moreno s'étend sur 250 km² mais il ne représente qu'une infime partie du Hielo Contiental Patagonico: un immense champ de glace évalué à environ 22000 km² dont 3500 en Argentine (et le reste au Chili). C'est le troisième plus grand après l'Antarctique, constitue l'une des plus grandes réserves d'eau douce de la Terre et alimente pas moins de 47 glaciers.

Je décide donc de partir à la rencontre du Perito Moreno (ce qui signifie "expert" Moreno, du nom d'un naturaliste argentin qui a largement contribué à la découverte des richesses et des différents peuples de la Patagonie argentine). Je craque un peu je choisis carrément une excursion pour aller marcher sur le glacier. Pas de chance, le jour dit il pleut à torrent. Je croise les doigts, mais rien à faire la pluie ne s'arrêtera pas de la journée. Il faut quand même noter un avantage aux journées pluvieuses (et pas des moindres), c'est que le glacier est tout bleu alors que durant les journées ensoleillées généralement il est tout blanc. Donc au final je ne suis pas mécontente de le découvrir par ce temps. 

Avant de marcher sur le glacier il faut chausser une paire de crampons, qui permettent de s'accrocher à la glace et donc d'éviter de glisser.... Bon c'est pas évident quand même de marcher sur une telle surface... Je ne suis pas très rassurée, connaissant mon équilibre légendaire j'ai bien peur de me retrouver sur les fesses et de descendre jusqu'en bas du glacier. Mais non !!! 1h et demi à crapahuter sur la glace, à admirer les différentes nuances de bleu, à découvrir des crevasses, de petites cascades au coeur même du glacier. Doncl pas de chute, et la petite surprise à l'arrivée: un verre de whisky avec de la glace directement récupérée sur le glacier: THE ice bar.

Bon je vous laisse découvrir le glacier: et rappelez vous, ce n'est pas de la neige, uniquement de la glace.





















samedi 25 avril 2015

Rencontres avec le Fitz Roy

Le Mont Fitz Roy donc, vedette du lieu, culmine à 3400 mètres au dessus du niveau de la mer. Nom qui lui a été donné dans le courant du XIXe siècle, d'après le nom du capitaine de la flotte qui avait conduite Darwin dans la région afin d'établir la topographie de la Patagonie et de la Terre de Feu. Initialement le mont était nommé El Chalten (qui donnera le nom au village par la suite). El Chalten signifie "la montagne qui fume" (en effet elle est souvent cachée par les nuages). Le nom fut donné par les indigènes Tehuelches, premiers habitants de la région. La légende veut que de cette montagne soit descendu un enfant exceptionnel, Elal. Elal a été sauvé de son père qui voulait le tuer grâce à l'intervention d'un cygne qui le déposa au sommet de la plus belle montagne de Patagonie: El Chalten. Protégé et nourri par les oiseaux durant les trois premiers jours, Elal fut ensuite livré à lui même. Ses trois ennemis étaient le froid, la neige et le vent. Pour se défendre il fit un feu à l'aide de silex. Pour vaincre le deuxième il construisit un abri en peau de guanacos. Il survécut au troisième en se protégeant sous une cape. Il transmit ensuite toutes ses inventions aux indigènes de la région.

Pour ma part, la rencontre avec le Fitz Roy va prendre un peu de temps. Le premier jour il a la tête dans les nuages, le deuxième jour il pleut. Au réveil du troisième jour le temps est au beau fixe !! Grand soleil, ciel azur, très peu de nuages !! À midi je décolle. Je vais faire un tour au terminal de bus voir si l'on voit le Fitz Roy et ouiiii !!! C'est totalement dégagé !! Une petite brume l'entoure mais c'est très léger. Du coup je reprends l'itinéraire du vendredi, tant pis, mais cette fois j'irais jusqu'au bout, jusqu'au pied du massif. 10km aller prévus pour 4h. C'est jouable, il est 12h, au plus tard je serais rentrée pour 20h. Comme j'ai déjà vu la première partie du trajet, je ne suis pas ralentie à prendre des photos, je trace !! 

Rapidement le Fitz Roy se montre. Au fur et à mesure que j'avance sur le chemin il apparaît devant moi tel un phare dans la mer des arbres. Il est très beau. Si les collines alentours sont d'une pierre très foncée, le Fitz Roy est particulièrement clair, presque rose à certains endroits. Le Fitz Roy est accompagné de sommets moins importants nommés Saint Exupéry, Mermoz et Poincenot. Un peu de cocorico, ce sont des français qui sont montés les premiers en haut du Fitz Roy en 1952. Poincenot faisait partie de l'expédition mais meurt lors de cette première ascension. Quant à Saint Exupéry et Mermoz, ils ont établi les premières connexions courrier entre Punta Arenas et Buenos Aires.

  Il est curieux de constater que les collines alentours sont parsemés de neige, les sommets alentours aussi mais le Fitz Roy est immaculé. Le soleil fait rougeoyer d'autant plus les feuilles des arbres. Certains troncs même sont rouges !! Le chemin traverse donc des bosquets mais aussi des parties totalement dégagées recouvertes de galets, longe de petits cours d'eau, longe des torrents un plus agités, de petits ponts de fortune ont été aménagés pour les traversés. Le Fitz Roy est de plus en plus près. Sur 10 km les 9 premiers sont ma foi très plat. Par contre le dernier s'avère plus complexe. Il faut 1h pour monter jusqu'au point de vue sur le lac au pied du Fitz Roy. Le temps que j'arrive, le soleil est en train de disparaître derrière la montagne. 

La descente n'est pas évidente. La plupart des pierres roulent, ça glisse de tout côté !! Mais bon c'est quand même plus rapide qu'à la montée !! Et c'est parti pour le retour !! L'environnement s'assombrit assez rapidement, l'obscurité commence à envahir les lieux et je presse le pas histoire de ne pas finir totalement dans la nuit. Les premières étoiles apparaissent déjà alors que le ciel vers l'ouest est encore assez bleu. Bon ça y est la nuit tombe mais coup de chance, je croise un allemand qui a une lampe de poche et donc je finirais pas la rando à tâtons dans le noir !!! 




















El Chalten

Arrivée à 6h30 de bon matin à El Chalten, dans le noir, sous la pluie, les yeux encore ensommeillés il faut sortir du bus. Autant dire qu'à cette heure il va être compliqué de trouver quoique ce soit d'ouvert. 8 heures et quelques quelques le soleil apparaît timidement, il faut dire qu'il y a quand même beaucoup de nuages. J'atterris à l'office de tourisme où je récupère un plan de la ville, ou plutôt du village c'est vraiment pas grand. El Chalten est la capitale nationale du trekking, point de départ d'un bon nombre de randos. Grand choix de randos d'ailleurs car la plus courte dure 45 min et la plus longue peut vous emmener pendant 1 bonne semaine dans le parc national de Los Glaciares. Pour ma part, sans tente, ce sera des randos à la journée uniquement. La création officielle du village date de 1985 et à l'heure actuelle, sa seule raison d'être est d'accueillir des randonneurs des 4 coins du monde. Ce qui est sûr, c'est que personne ne vient pour le village en lui même qui n'a aucun charme, aucune personnalité. On dirait qu'un matin des camions ont débarqué avec une centaines de cahutes, les ont posés ici et là, puis les bus de touristes sont arrivés et voilà El Chalten est apparu. Non ce qui motive à venir ici c'est le cadre dans lequel le village est implanté: collines, montagnes, cours d'eau, végétation (flamboyante à cette époque de l'année). La nature est reine. C'est ici même que l'on peut observer le majestueux Mont Fitz Roy que je suis bien décidée à découvrir !!

J'atterris dans l'auberge Hem Herhu, tout en bois, tout petit, à l'écart de la ville. Un lieu avec un charme certain et un proprio fort sympathique, un hippi avec une tête de savant fou, les cheveux en pétard comme si il venait de faire une expérience qui n'avait pas marché ! En tout cas c'est un super spot, bien chauffé (ça change après le Chili où j'avais constamment froid). Il n'y a que des argentins dans l'auberge et le changement d'accent après le Chili est assez violent. Au début je ne comprends absolument rien alors qu'en sortant du Chili j'arrivais à peu près à m'en sortir. Les chiliens ne prononcent pas le son "ye", ils disent "che". On m'avait prévenu mais en faire l'expérience en live c'est différent. Bon au final, on s'habitue facilement et j'apprécie vraiment cette façon de parler.

J'évite de me poser histoire de ne pas m'endormir et pars faire une des petites balades que j'ai repéré: Chorillo de Salto (3 km à plat ça devrait le faire). L'automne est le bon moment pour visiter la région, les arbres ont des nuances orangées, rougeoyantes, flamboyantes !!! Ça met un peu de couleur à l'atmosphère terne qui se dégage du gris du ciel. C'est assez incroyable: devant moi c'est brumeux, les nuages cachent les montagnes au loin mais quand je me tourne derrière moi le ciel est bien bleu, à peine perturbé par quelques nuages. J'avance dans une atmosphère feutrée, mystérieuse causée par la brume ambiante mais réchauffée par les couleurs chaudes des arbres qui s'étendent de part et d'autre du chemin. Et au delà, des collines rocheuses s'élèvent, la pierre dont la couleur se dégrade en gris et marrons, est par endroit recouverte par un tapis d'herbe qui tend du vert au jaune et par endroit des masses flamboyantes d'arbres orangés se détachent du reste. Une palette de couleurs chaudes donc sur un fond céleste plutôt froid.

Un peu fatiguée je tente quand même ma chance pour aller voir le Fitz Roy. Le chemin ressemble à une ballade en forêt, bon ça monte un peu quand même. J'ai la chance de voir un pivert en pleine action. C'est impressionnant la vitesse avec laquelle sa tête bouge et la souplesse de son cou également, il tord sa tête jusqu'à la plaquer contre son corps !! Il n'est pas du tout perturbé par le monde qui passe à côté et continue tranquillement son travail. D'ailleurs il n'est pas tout seul. Le sous bois résonne du son des becs qui tapent sur les troncs des arbres. Je continue mes déambulations jusqu'au mirador d'où j'espère voir le Fitz Roy, mais raté !!! Il a la tête (et une bonne partie du corps) cachée dans les nuages Donc pas de Fitz Roy aujourd'hui. Je retourne sur mes pas et je bifurque un peu plus loin pour voir la Laguna Capri et biiiim le spectacle de la journée. Alors certes je n'aurais pas vu le fameux sommet mais j'aurais pu admirer une lagune entourée d'arbres flamboyants dans la lumière du soleil couchant. C'est un spectacle magnifiques. Et des oiseaux (pas farouches pour un sou encore une fois) viennent me tenir compagnie.